Out Run, voilà un article qui s’annonce compliqué mais tellement passionnant à traiter. Comment aborder le sujet concernant ce monument sans doute inscrit en rouge Ferrari au Panthéon du jeu vidéo. D’ailleurs, la preuve en est que ce jeu a marqué son époque, on le retrouve soit en easter egg ou jouable dans d’autre jeux de la firme d’Haneda. De l’arcade à Yakuza en passant par Shenmue, la Testarossa cabriolet est pour un certain nombre de trentenaires bien tassés synonyme de jeunesse et d’hypercar de rêve (moi le premier avec la NSX) et tous ces petits clins d’œil vidéoludiques sont autant de rappels plus ou moins joyeux du passé. Dans la team et même ailleurs, nombreux sont ceux qui ont connu ou qui connaissent une passion inébranlable pour ce jeu du Maître Yu Suzuki au point d’en avoir un exemplaire sur chaque machine possible.

Comment faire pour rendre hommage à ce titre comme il se doit et à ma façon ? Avec un souvenir de gamer ? Non car même si j’ai connu ce jeu en partie durant ma jeunesse, ma relation avec ce titre est plus récente. Un test d’une version console ? Trouvable partout et je n’aurais rien à dire de plus. Une Review de la version Switch ? M2 fait tellement du bon boulot qu’on aurait ou presque rien à redire. Je sais, et si j’expliquais pourquoi Out run est un jeu important pour moi et pourquoi pas demander au amis Legaciens d’écrire également leur passion pour ce titre ? Amis(es) lecteurs(trice), est-ce que ça vous tente ?

Machintruc76 : Un opéra en 3 acte

Acte 1 : souvenir d’enfance

Mon premier contact avec ce jeu, remonte aussi loin que ma mémoire se souvienne à une ducasse de Landrecies (59 en force lol) au début des années 90. Je ne sais plus si c’était durant des vacances scolaires ou autre. Ce que je me rappelle bien c’est surtout qu’avec mon cousin, on faisait pas mal de tâches ménagères pour accumuler les piécettes de 5 et 10 francs, cela allait du nettoyage de la Jetta de mes grands-parents, à la tonte de jardin en passant par le ramassage des œufs de poule et d’oies. Pièces que l’on rangeait ensuite méticuleusement chacun dans notre tube de pastilles effervescentes vide. C’était notre porte-monnaie du pauvre, les pièces étaient bien calées dedans, c’était nickel. Enfin bref, quand arrivait le week-end, ma grand-mère nous déposait à la fête foraine et on avait plus ou moins carte blanche à condition que l’on reste « groupir » mon cousin et moi. A l’époque (j’ai l’impression d’être papy grenier quand je sors cette expression) il y avait des camions ambulants transportant des bornes. Je me rappelle avoir perdu quelques deniers à un jeu ressemblant beaucoup à Final Lap mais j’étais une burne incapable de finir un tour. Ce n’est qu’après que j’ai aperçu la borne arborant la Ferrari rouge. C’était une version cabine c’est sûr mais incapable de savoir si c’était une version Deluxe ou une version simple. Dans tous les cas, même si je ne suis pas allé bien loin, je me rappelle la sensation de liberté à son volant, du fait que j’étais nettement plus doué à ce jeu qu’au précèdent et du fait que la borne a englouti mes dernières pièces.

Mais bon, j’avais un lot de consolation, j’avais un Tomy Turnin’ Turbo Dashboard donc je rejouais les parties mais dans ma chambre. Mon père l’avait même modifié avec une batterie 6V (les mêmes qu’on utilise dans les voitures électriques pour enfants) pour éviter de me changer les piles tous les 3 jours.

C’est bien trouvé, c’est bien TOMY

Acte 2 : L’adolescence

Par la suite et jusqu’au début des années 2000, pas grand-chose, le creux de la vague on va dire. Même s’il m’est sans doute arrivé de croiser le titre de Yu Suzuki via quelques parties à droite ou à gauche, je n’en garde pas grand souvenir. Mais c’est à cette période aussi que je découvris Game One via la télévision par satellite, l’internet à domicile et la joie de pouvoir jouer avec un émulateur en plein écran.

Le pentium 2 familial finit par être technologiquement dépassé et faire tourner un simple émulateur Megadrive voire même Game Boy était compliqué. Je devais jouer en mode fenêtre avec un carré pas plus grand qu’un écran de Game Gear sinon ça ramait à mort. Donc quand mon père a eu l’opportunité d’avoir un équipement informatique complet a un tarif prix coutant (5000Frs) avec son boulot + un forfait internet via Planetis 10h/mois pendant 3 ans également pris en charge par sa boite, c’était une révolution à la maison. Avoir un Pentium IV 1,4 Ghz, 128Mo RAM, carte graphique 32Mo dédier & 20Go de disque dur, c’était une vraie config de gamer en 2001 et internet à la maison une petite révolution.

Amoureux de SEGA devant l’éternel, une des premières choses que je fis c’était partir à la recherche de sites permettant de récupérer les jeux que j’avais eus et qui me faisaient envie sur Mega Drive et/ou que je jouais avec la famille sur Master System. C’est comme ça que je découvris www.zonesga.com (site aujourd’hui disparu mais qu’apparemment certains membres Legaciens connaissaient bien), site qui mettait à disposition toute une série d’informations et de jeux SEGA. De la jaquette, au descriptif en passant par des articles, les Roms et des captures d’écrans c’était un petit paradis pour moi. Mais 10h d’internet à partager en 4 ça part vite surtout en 56K. Ce que je faisais pour optimiser au mieux mon temps de connexion, avec un pote (Greg Alias « le Plot ») on avait repéré un cyber café équipé de l’ADSL dans la ville d’à côté (à EU) donc quand on avait un peu de liquidité, on enfourchait ma bécane pour squatter 1h ou 2 là-bas et après quelques parties, je surfais sur le site zonesega et notais sur un carnet, la liste des jeux avec leur numéro de pages pour qu’à mon retour, je télécharge le jeu sans perdre de temps sur le site.

Comme dit plus haut, je squattais aussi beaucoup la zapette et j’étais un spectateur assidu de GameOne (jusqu’à l’affaire Atari en 2002) et je ne sais pas si c’est grâce à la première chaine JV et la première émission du paf à parler retrogaming, je parle bien sûr de « Mémoire Vive » mais cela avait raviver en moi les quelques souvenirs d’Out Run quand je revis cette Ferrari au générique et après une petite recherche sur mon site préféré de l’époque, je finis par trouver puis télécharger la Rom du jeu sorti sur la 16 bits de SEGA.

Est-ce que j’ai usé mes doigts sur Gens (nom de l’émulateur Mega Drive) et sur Out Run ? Hé ben pas vraiment, je me rappelle avoir trouvé le portage à l’époque décevant et au final je n’y ai pas joué de manière régulière. Même si les sensations de vitesse sont présentes, je trouvais le jeu assez pâle et monochrome au niveau des couleurs, j’ai connu la Mega Drive plus vigoureuse concernant les nuances d’affichage. Ensuite je jouais au clavier donc avec une jouabilité pas vraiment au top niveau sensation (et à mon avis ça n’a pas aidé à ma (re)prise en main). Bref, je n’ai pas retrouvé mes sensations d’époque, celles que j’avais lorsque je découvrais et parcourais un jeu sur ma bonne vielle 16 bits sur ma TV 33cm (sans télécommande) de ma chambre de gosse et en même temps, je n’ai pas pris (ou voulu) prendre le temps d’approfondir le titre. Ce n’est plus tard que j’ai appris à apprécier le jeu dans son ensemble.

En même temps à 14 piges, il y j’avais aussi beaucoup d’autres occupations en tête que le JV et j’en ai passé des heures à parcourir ce genre de revue avec CD.

Acte 3 : 2006 a aujourd’hui : Renaissance par la musique

C’est à partir de la deuxième moitié des année 2000 où je me suis vraiment intéressé à cette œuvre majeure de Yu Suzuki. Comment ? A cette époque, je passais beaucoup de temps sur les sites Abandonware (France / Paradise / Utopia) et c’est comme ça que j’ai découvert mon premier podcast JV. Il s’agit de Muzax, l’émission des musiques de jeux vidéo.

J’ai déjà consacré un article plus détaillé sur cette émission, il est disponible sur le site InsertDisk2 tenu d’une main de maitre par l’ami SEBKOS depuis 2003. Sans doute un des meilleurs sites Francophones traitant du best ever micro-ordinateur du monde : le Commodore Amiga. Je lui dois encore un article sur le Sonic qui était prévu sur la machine mais par manque de temps je n’ai pas eu encore pu approfondir le sujet mais je n’ai pas oublié 😊.

Bref revenons à notre Ferrari, l’épisode 7 est consacré au hit de Yu Suzuki et pour moi ce fut une claque. D’abord, c’est comme ça que j’ai découvert qu’Out Run était sorti sur une multitude de machines aussi diverses que variées. Chaque machine ayant aussi un soundchip spécifique, cela donne autant de variation de l’OST d’Hiroshi Kawagushi qu’il y a eu de conversions. Elles sont toutes aussi intéressantes que l’original (petite préférence pour la version ZX Spectrum) et les extraits concernant les reprises de l’OST par la Demoscene sont juste somptueux pour peu qu’on s’intéresse à ce genre de performance.

Outrun Remix - (Beat Machine) - (1989) - C64 chiptune

Pas mal pour une machine à peine plus puissante qu’une calculatrice aujourd’hui et avec un format pesant moins qu’une image du logo Google. Perso j’adore.

C’est grâce aussi à ce podcast que j’ai pris connaissance des suites d’Out run (Out Run 2019, Turbo Out Run, Out Runners….) qui sont musicalement aussi très captivantes. Dommage que pad en main cela soit plus compliqué.

Quand on sait que le podcast date de 2007 donc avant la démocratisation de YouTube ; des podcasts JV ou encore les éditeurs Omake Book / Third Edition ; déjà à l’époque je trouvais l’émission grandiose mais aujourd’hui je salue encore plus la prouesse d’avoir été aussi précis et d’avoir proposé autant de contenu. Encore aujourd’hui et bien que le podcast s’est arrêté depuis quasi 1 décennie, je classe Muzax dans le haut du panier des podcast JV. J’écoutais les émissions en boucle à l’époque et aujourd’hui quand j’écoute la musique en mode aléatoire sur mon smartphone, c’est toujours un plaisir de tomber sur un de ces podcasts que je connais quasi par coeur. C’est d’ailleurs grâce à cette curiosité de rechercher des podcasts JV (et d’en écouter) que de fil en aiguille je finis par croiser la route de notre Taulier. 😉

Quelques années plus tard lorsque j’ai déménagé et ENFIN pu m’aménager une gameroom digne de ce nom, j’ai pu acquérir pour un prix dérisoire une Xbox 1er génération avec notamment quelques classiques Sega comme Panzer Dragoon Orta ou le jeu qui nous intéresse Out Run 2. Je me souviens avoir payé aussi cher (ou presque) en frais de port que le prix de la machine lol. (J’avais aussi dans le lot Dead or Alive Xtrem Beach Volleyball mais ça c’est pour d’autres raison ^^) . J’avais découvert la B.O d’Out Run 2 via Muzax mais jamais je n’avais pu essayer le soft. Ce fut une claque graphique en premier lieu car, même s’il datait de la génération précédente, le jeu est extrêmement fluide avec une sensation de vitesse bien rendue. Après quelques parties à comprendre le fonctionnement du système de dérapage et après quelques sorties de route, on prend un plaisir à parcourir les différents environnements en fonction des embranchements. Le gameplay made in SEGA, facile à prendre en main et exigeant à maitriser si on veut titiller les chronos me rappela mes souvenirs de jeunesse sur le time attack de SEGA Rally. Par chance, ma version du titre est une limited édition avec le CD audio contenant la BO original d’Hiro ainsi que les remix de Richard Jacques. Un compositeur bien connu chez SEGA pour avoir travaillé sur une multitude de jeu notamment sur Sonic R, Jet Set Radio, Head Hunter et bien d’autre. J’ai fait une copie numérique de l’OST qui est depuis dans ma voiture. Si un jour on m’offre un stage de pilotage sur circuit à bord d’une belle italienne, obligé je demande s’il est possible d’écouter l’OST durant ma session.

C’est d’ailleurs à peu près à la même période où j’ai appris différentes anecdotes de développement concernant le petit bijou de Yu Suzuki grâce notamment grâce à Régis Monterrin dans les différents podcasts de la team Legacy. Pour la faire courte, travailler chez SEGA dans les années 80 c’était clairement le pied, Yu Suzuki a pas mal bourlingué aux 4 vents pour trouver l’inspiration des USA à l’Europe pour le tracé des routes et des décors. Le tout payé par la firme d’Haneda. Il y a eu également un conflit entre SEGA et Ferrari pour l’utilisation de la Testarossa sans avoir d’accord du constructeur Italien. Mais je n’en divulguerais guerre plus, je préfère vous renvoyer à nos podcasts et au superbe article publié par Regis dans le PIX’N LOVE #22 d’avril 2013.

Une petite reco vidéo :

Outrun (de 1986) a marqué toute une génération, la borne est vraiment magnifique et on a tous rêvait (surtout moi) d’en avoir une dans notre salon ou gameroom. Certains ont eu la chance et l’opportunité de passer le pas. Je ne suis pas du genre à regarder des vidéos de youtubeur JV, loin de là. Je trouve ce type de vidéo trop « m’as-tu vu et la mienne est plus grosse que la tienne ». (Attention cela est uniquement mon ressenti, je n’ai rien contre ce type de vidéo et les personne qui font, il en faut pour tout le monde, ce n’est juste pas ma came. )

 

Malgré tout, je ne peux que vous conseiller les vidéos du projet arcade d’Olivier Wah Wah (BackintoysTV) que j’ai découvert en 2018.

Le Projet Arcade quesako, c’est l’histoire d’une bande d’amis qui achètent quelques bornes dans le but de les rénover dont une Rad Mobile, une Out Run et une Space Gun.

On suit les chantiers de A à Z, achat de la borne, démontage, analyses, réparations, peintures, les upgrades et toutes les galères aussi diverses que varier. C’est extrêmement prenant et enrichissant de voir les entrailles des bornes d’arcades de l’époque et leur conception vidéo/mécanique/machine a sous. Mais ce qui l’est encore plus c’est de voir l’évolution des upgrades faites sur la borne Out Run. Amélioration du système de refroidissement de la carte mère, la création du vent. OUI DU VENT, il y a eu une modification du panel réalisé en impression 3D pour intégrer un système de ventilation lors des sessions de jeu. Mais il ne s’agit pas d’un simple mode binaire On/Off qui vous souffle plein la tronche ou rien du tout mais un système complexe qui ventile plus ou moins fort en fonction de la vitesse de votre bolide. Modification des Eproms pour rajouter du temps et pour enfin avoir les musiques lors de l’écran auto-radio. Mais tout n’était pas un long fleuve tranquille, l’équipe a rencontré aussi son lot de problèmes. Les épisodes sont remplis de rencontres toutes très sympathiques, pour moi la plus impressionnante est celle de Jérôme (de Jej colors) qui a vraiment des doigts en or. Au final on passe d’une version sortie de grange à une version de luxe à faire baver en partie grâce à lui sur la partie esthétique. 

Je ne fais que survoler le projet, il y a tellement à dire mais par curiosité je vous invite fortement à jeter un œil, ne serait ce pour se rendre compte à quel point rénover une borne n’est pas un petit projet mais un réel investissement aussi bien personnel que financier si on veut faire les choses proprement. Cela peut être extrêmement chronophage et vaut mieux être bien entouré. 

Je finirais mon tour concernant Out Run par ma dernière acquisition que j’ai commandée pendant le confinement et reçue il y a quelques jours. Data Disc a refait un pressage de l’OST d’Out Run, je me suis jeté sur la précommande en avril, certes ce n’est pas une version « Mint green, Clear and Pink » qui vaut maintenant une fortune sur le marché gris mais une version green standard.  Cela ne m’empêche pas de profiter comme il se doit de ce vinyl et c’est vraiment un pur régal. Le fond de la pochette est interchangeable, on a un petit mot de Hiroshi Kawaguchi à l’intérieur et le grain sonore du diamant sur le disque donne plus qu’envie de se replonger dans le titre à chaque écoute.

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